Galerie de portraits

Jacqueline Ginoux

A Méjanes, vit auprès de Michèle Ricard, une femme dont elle aime à raconter l’histoire.

« Elle a toujours été là, silencieuse…

Son buste, sur le grand buffet en noyer du salon, semble être là depuis toujours. La toile de son portrait elle, est dans ma chambre.

Je la regarde souvent et je pense à toutes ces histoires qu’elle pourrait partager… de celles que je connais déjà d'après les récits de mon père. Celles aussi que certains d’entre vous pourront me raconter à la lecture de cet article.

Voici un hommage à la femme iconique de Méjanes, une grande ambassadrice de notre Provence : Jacqueline Ginoux.

Jacqueline Ginoux est arlésienne. D’une vieille famille d’ici. Elle née à Maussane en1933. Très attachée aux traditions, elle concourt à l’âge de 21 ans à l’élection de la Reine d’Arles pour les années 1954-1958 et sera sur cette période là, demoiselle d’honneur de Madeleine Boyer.

Cette belle jeune fille au caractère enthousiaste et bien trempé se fait vite remarquer lorsque, en costume d’arlésienne, elle participe aux multiples fêtes et cérémonies ou qu’elle défile à cheval, en amazone… une première pour l’époque !


Jacqueline Ginoux devient rapidement l’hôtesse de la société Ricard et accompagne mon père sur tous les grands événements de la société. Pour immortaliser cette belle ambassadrice de nos traditions, mon père passe commande au peintre Antoine Serra qui réalise le portrait de l’arlésienne sur grand format. Jacqueline pose sur le fond aride de la Crau dans son magnifique costume.

La jeune femme rêve de devenir hôtesse de l’air. A l’occasion d’une rencontre avec le Président de la compagnie UTA, Françis Fabre, elle lui présente sa candidature. Monsieur Fabre lui demande si elle parle anglais, condition importante pour effectuer les vols vers les États-Unis qui à cette époque là sont en plein développement. Jacqueline Ginoux lui rétorque alors du tac au tac qu’elle parle le provençal et qu’elle se débrouillera très bien ainsi. Devant tant d’assurance et d’audace, le Président l’embauche…

De cette carrière d’hôtesse de l’air j’ai toujours entendu dire d’elle que par son sourire, sa gentillesse et sa passion pour la Camargue, Jacqueline Ginoux avait fièrement représenté nos traditions, au point même de porter quelque fois en vol le costume d’arlésienne ! Le comité de jumelage Arles-York (aux États-Unis) a d’ailleurs souvent rendu hommage à cette marque d’attachement à la région.

En 1973, alors qu’elle a en projets de se marier avec un commandant de bord d’Air France et retourner vivre avec lui en Camargue, l’hôtesse de l’air officie sur le vol du Boeing 727 qui rallie Benghazi au Caire, en Égypte. Dans une tempête de sable effrayante, le vol est dérouté vers le Sinaï où il est intercepté et abattu par l’armée israélienne. Plus d’une centaine de personnes dont trois membres d’équipage disparaissent… Grièvement brûlée, Jacqueline Ginoux décède à l’hôpital le 22 février. Plus de 1 500 personnes assistent à ses obsèques solennelles à Arles. Un destin tragique pour une grande dame de Camargue. Le buste de cette femme vive, belle, cultivée et passionnée trône, comme bienveillant et protecteur de notre culture, au mas de Méjanes ».